Fragments de ville


                                                                                               
 4 mois, 3 semaines et 2 jours, de Cristian Mungiu


Aperçue à travers les fenêtres sales d’un bus qui la traverse, la ville est floue, effacée, sans forme, dépourvue de tout centre indentifiable. Ville lacunaire. Ville de l’absence. Ville silencieuse comme les gens qui l’habitent. Ville soumise. Ville qu’on subit, corps inerte, sacrifié, tel le corps dépossédé de la jeune femme.
Fenêtres et portes fermées, impasses, chemins bouchés, esprits bornés, visages impénétrables. Espaces emboîtés, couloirs interminables, architecture rigide des hôtels….
La caméra ne cherche pas à exhiber le paysage urbain, ni l’époque. Si la ville apparaît dans le cadre c’est d’abord dans une relation forte avec le personnage principal. La ville, comme Otilia est sous tension. Un transfert s’opère entre humain et urbain, qui sont imbriqués. A l’austérité des déplacements dans la ville répond la sévérité de la contrôleuse de tickets dans le bus, à l’hostilité de l’architecture répond la rigidité méchante de la réceptionniste de l’hôtel.
C’est Otilia qui arpente la ville, et c’est à travers elle qu’on sent la ville… une ville physique, fatiguée et harassante, à respiration lourde, une ville froide dans l’hiver, névrosée et pleine d’adversité. A l’image du régime, de la société et des individus, la ville-1987 est à bout de souffle.


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12h08 à l’Est de Bucarest, de Corneliu Porumboiu

Le film de Porumboiu s’ouvre sur l’image figée du cœur de la ville, représenté par son centre administratif - la mairie. Le cliché de la place centrale, image glacée, visage conventionnel, officiel, à valeur sûre constituera la toile de fond durant l’émission, c’est-à-dire pendant qu’on parle de la ville, de son statut dans l’histoire. Image que les personnages ne cessent d’interroger mais qui reste muette.
 A la veille de Noël, plombe un silence froid, une lumière faussement allègre des décorations de Noël. Pourquoi ce sapin illuminé n’est-il point gai ? Le lieu du pouvoir est  paralysé, inerte. Pas une âme qui vive sur la place centrale. Objet indiciel, cette place symbolise la totalité de la ville, assoupie en de tristes préparatifs de fête. 
        Ville perdue, oubliée et écartée de l'histoire, ville de second rang qui revendique pathétiquement son moment de gloire, sa part d’héroïsme essentielle pour construire son identité.
                                                                      Ioana Mercey, coordinatrice du projet